Les « relations presse » : un pas en avant, deux pas en arrière… ?

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J’ai eu le plaisir vendredi 27 juin dernier, d’animer une table-ronde dans le cadre des « Journées d’études LOUSTICPREFics » à la MSH-Bretagne, journées qui avaient pour thématique « Innovations technologiques en contexte professionnel : Continuités et ruptures dans les conceptions et les pratiques« .

Cette table-ronde portait sur les innovations et mutations dans le secteur des médias, thème circonscrit – pour l’occasion – au (vieux) couple « attaché de presse/journaliste ». L’idée était d’échanger sur la façon dont la « révolution numérique » se manifeste dans les pratiques de ces professionnels. Comment se donnent à voir les traductions de ce changement de paradigme (« penser à l’envers« ) qu’induit la numérisation généralisée des traces, des signes, des relations, des interactions, des organisations etc…

Une des phrases que l’on entend le plus dans les milieux professionnels est la suivante : “On ne fait plus le même boulot !”. Une phrase qui n’est pas seulement exprimée par les militants du “c’était mieux avant !”, mais qui est également proposée par de nombreux pros comme une opportunité. Une proposition qui est l’objet de nombreuses négociations – dans les associations professionnelles – sur le “positionnement » et le “cœur de métier”.

Le Comité scientifique avait donc fait le choix – pour cette table-ronde – d’un focus sur un binôme historique, le couple attaché de presse/journaliste. Les attachés de presse (dont le cœur de métier serait la MEDIATION : entre un client et les « gatekeepers » – processus de filtrage des informations, par les entreprises de presse, avant leur publication – , et plus largement les « influenceurs médiatiques ») qui seraient devenus des “Consultants en relation avec les publics”. Cette mutation professionnelle est d’ailleurs traduite explicitement dans le « Livre blanc » du SYNAP (Syndicat National des Attachés de presse) intitulé Des Relations Presse aux Relations Publics : chronique d’une révolution en marche”.

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C’est autour de ce Livre blanc (rédigé par le SYNAP, avec la collaboration de l’Argus de la Presse, d’étudiants Infocom de l’Université Rennes 2 et du Guide des Relations Presse) que s’est articulé le débat. Un document intéressant car il formalise l’état de la réflexion des pros des relations presse sur la thématique de l’innovation et de la “transition numérique” (« Vers les relations-presse 2.0 » ?). Madame Frédérique Pusey, Présidente du SYNAP était présente. Etait également convié, M. Eric Bullet, journaliste et Rédacteur-en-Chef Délégué au numérique pour le quotidien Ouest-France (qui pour des raisons d’agenda n’a pu être présent) et Johann Fourmond, Directeur de l’agence « Release Presse » (Rennes).

L’idée de cette table-ronde était donc d’appréhender et d’échanger, pour “voir” comment ces deux champs professionnels sont impactés par la “nouvelle donne” et par “l’injonction à innover”. Comment ils analysent ces évolutions, comment ils en parlent et quelles conséquences ils en tirent ? Comment dans un contexte “héraclitéen”, de flux permanent, de mouvement, d’instabilité, d’ « innovation ascendante »… – contexte qui repose centralement la question de la structuration des interactions, des interfaces et des relations avec les environnements – comment ces professionnels de la médiation (entre un client et un relais d’opinion) et de la médiatisation, appréhendent cette question du continuum et des ruptures, qui était le thème de ces journées d’études.

Nous avons “anglé” la table-ronde vers 3 perspectives :

1/ Comment le numérique ré-articule 5 pôles structurants de ce champ professionnel : le sourcing (avec la problématique du « self-media », de l’open et du big data), l’éditorialisation (le “trans-media”, la représentation des données, la cartographie, les formats, etc…), la relation entre les “communicants”, les “journalistes” et les “publics”, l’organisation du travail (comment qualifier “l’innovation organisationnelle” dans ce contexte ?) et enfin (…) la question des « compétences » et de la « formation ». Comment évoluent les “cultures pros héritées”, voyons-nous émerger de nouvelles “formes de professionnalisme” ?

2/ Comment dans ce champs médiatique, chez ces professionnels, « on » fait avec les innovations (innovation “subie”) et comment – face à l’ « injonction à l’innovation permanente » – on fait pour innover (innovation « voulue »…) ? Quelles formes prennent ces innovations ?

3/ Enfin – par voix de conséquence par rapport à cette ré-articulation – comment se redéfinissent les “CONTOURS” et le “POSITIONNEMENT” de ces métiers ?

Pour échanger autour de ces questions, trois contributeurs invités par l’équipe du PREFics : Frédérique PUSEY, Présidente SYNAP (syndicat historique créé en 1960 et qui a joué un rôle important dans la préparation de ce qui sera l’acte d’institutionnalisation du métier d’Attachée de Presse, les Arrêtés Peyrefitte de 1964, et dans le rédaction du « Code d’Athènes« ), Johann FOURMOND : Directeur de l’agence “Release Press” à Rennes, professionnel qui s’intéresse au concept de « Relations Presse 2.0 », et Nicolas THELY, Professeur en Arts, Esthétique et Humanités Numériques, Responsable du “Master ATN – Arts et Technologies Numériques” à Rennes 2, qui a été journaliste au Monde puis aux Inrockuptibles, et qui nous a proposé des éléments sur des expérimentations, des innovations portées par des médias anglo-saxons sur des outils de cartographie et de « visualisation » des données.

Quelques réactions « à CHAUD » après cette table-ronde :

  • forte présence de la thématique du « nécessaire retour au fondamentaux« , qui entre en tension avec l’idée constante de « changement de métier » (un pas en avant, deux pas en arrière…) : avoir une éthique, créer du sens, créer la relation, savoir écrire, savoir convaincre, être dans la stratégie, bien identifier sa cible… Donc « Tout change mais rien ne change« … On reste dans le performatif ;
  • La même chose qu’il y a 20 ans, voire le même discours qu’au début du siècle passé (cf « Code Ivy Lee) : se dé-« marquer » des commerciaux … (tout en faisant du “brand content”…)
  • L’ennemi des attachés de presse pendant le 20ème était le « commercial »,  il semblerait que celui du 21è soit le « Community Manager »…
  • La forte persistance de la notion de « cibles » (les « influenceurs ») et une difficulté à aller au bout de « la révolution en marche » qui consisterait précisément à penser son environnement non plus comme des CIBLES (version balistique de l’information), mais comme une ensemble de RESSOURCES (« resources based »), paradigme dont deux des caractéristiques sont la VIRALITE et la PROPAGATION ;
  • La question de la “compétence distribuée” semble être (de mon point de vue) plutôt « refoulée » ;
  • Glissement sémantique intéressant : du métier d’ « attaché de presse » à celui de « Consultant en relations avec les publics » (ou « avec les médias »). La problématique de la « désintermédiation » expliquerait le passage du couple « AP-journaliste » à un « trouple » : “attaché de presse/Journaliste/Community manager ».
  • La question de la formation et de  l’auto-formation reste problématique et faiblement formalisée ;

Autour de la thématique des mutations dans le champ des « relations presse » et du « journalisme » :

A suivre : la possible « fusion » à venir du SYNAP et de SYNTEC-RP

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